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Trente conseils donnés du coeur par Gyalwa Longchenpa.

"Visionnaire, poete, écrivain, philosophe, maitre, étudiant et saint, Lonchen Rabjam ( Longchenpa ) s'impose comme le plus grand maitre du Dzogchen et certainement le plus original et le plus brillant écrivain de la littérature tibétaine."
Sogyal Rinpoché

lotus

Au sein du ciel omniprésent de sa Gnose,  l'Espace Absolu, dardant les chauds rayons de sa compassion sur les nuages amoncelés de ses prières, une pluie continuelle d'Amrita tombe en abondance sur le champ des etres à convertir, murissant les pousses des trois Corps.
Nous nous prosternons aux pieds du Guru Protecteur, le Supreme des trois Joyaux.

Par le pouvoir de mes aspirations, je pus rejoindre la supreme lignée de l'accomplissement, mais ayant manqué de diligence, cette existence vécue en vain arrive maintenant à son crépuscule.
Mon intention était d'agir comme les Rishis, mais je me trouve maintenant totalement abattu, et j'en ai vu quelques autres pareil à moi.
C'est pourquoi, afin d'éveiller en mon esprit une sure renonciation, j'ai exprimé ces trente conseils venus du coeur.

Hélas ! Ayant assemblé autour de soi, par toutes sortes de moyens habiles, un large cercle de gens, on détient un domaine monastique florissant. Mais c'est là la source de querelles et la cause de grands attachements pour soi-meme.
Rester seul est mon conseil du coeur.

A l'occasion de cérémonies de village destinées à écarter les obstacles et soumettre les mauvaises influences, on peut ainsi faire étalage de ses qualités devant la foule. Mais à cause de la convoitise pour la nourriture et les richesses, notre propre esprit sera emporté par le démon.
Soumettre son propre esprit est mon conseil du coeur.

Ayant collecté d'importants tributs auprès de pauvres gens, on peut ainsi ériger des statues et des monuments de grande taille, distribuer de larges aumones, etc... Mais c'est faire accumuler aux autres des péchés sur des bases vertueuses.
Rendre son esprit vertueux est mon conseil du coeur.

Désirant sa propre grandeur, on expose le Dharma aux autres, et par un grand déploiement de tricheries, on retient un cercle de grandes et petites gens.
Mais un tel esprit attaché aux réalités grossières est cause d'orgueil.
N'avoir que des plans à court terme est mon conseil du coeur.

Vendre, preter avec interet, et tout ce genre de tromperies; avec les richesses amassées de cette mauvaise façon, on peut bien faire de vastes offrandes. Mais vertu qui repose sur la soif du gain est source des huit dharmas du monde (1).
Méditer sur le rejet de la convoitise est mon conseil du coeur.

Témoingnant, se portant garant, se melant d'affaires de justice, l'on peut ainsi concilier les différents d'autrui, pensant agir pour le bien de tous. Mais s'adonner à ce genre d'activités fait surgir des vues interessées.
Demeurer sans espérances ni appréhensions est mon conseil du coeur.

Admnistrant de vastes territoires, possédant richesses, prospérité, intendants, etc... notre renommée peut bien s'étendre à la terre entière. Mais au temps de la mort, ces choses n'ont pas la moindre utilité.
Etre diligent dans sa pratique spirituelle est mon conseil du coeur.

Economes, intendants, responsables, cuisiniers, etc... ce sont là les poutres maitressses de la communauté monastique. Mais un esprit intéressé à toutes ces choses est cause de soucis.
Minimiser tout ce remue-ménage est mon conseil du coeur.

Emportant avec soi objets religieux, offrandes, livres, ustensiles de cuisine, etc... on peut ainsi aller dans les solitudes des montagnes muni de tout le  necessaire. Mais etre bien équipé maintenant est source de difficultés et de querelles.
N'avoir besoin de rien est mon conseil du coeur.

En ces temps décadents, on fait des reproches aux gens peu dégrossis qui se trouvent autour de nous. Mais bien que nous pensions que cela leur sera profitable, c'est là source de pensées empoisonnées.
Dire des mots pacifiques est mon conseil du coeur.

Sans aucun motif égoiste, on dit avec affection leurs défauts aux gens, ne pensant qu'à leur propre bien. Mais bien que ce que l'on dise soit vrai, cela va ulcerer le coeur.
Ne prononcer que des paroles gentilles est mon conseil du coeur.

Soutenanr de façon partisane sa lignée de gurus et ses vues philosophiques, on pense que c'est là leur rendre service. Mais faire son propre éloge tout en dénigrant autrui est source d'attachements et de haines.
Laisser là toutes ces choses est mon conseil du coeur.

Ayant examiné à fond le Dharma que l'on a entendu, on peut penser que comprendre les erreurs des autres est faire preuve de connaissance discriminative. Mais c'est comme cela que l'on accumule ses propres péchés.
Voir toutes choses comme pures est mon conseil du coeur.

Ne parlant que le langage du vide et dédaignant cause et effet, l'on peut en venir à penser que la non-action est le point ultime du Dharma. Mais délaisser les deux accumulations (2) flétrira la prospérité de sa pratique.
Unir les complémentaires est mon conseil du coeur.

Concernant la troisième initiation, il y a descente de l'essence et autres choses similaires. On peut penser que la voie du corps de l'autre conduira des progrès marquants, mais sur ce chemin de l'impur bien des grands méditants se sont égarés.
S'en tenir à la voie de la libération est mon conseil du coeur.

Aller nu en public et autres excentricités, on peut penser que c'est agir en yogi, mais c'est ainsi que l'on fait perdre la foi au gens du monde.
Etre attentif en toutes choses est mon conseil du coeur.

Ou que l'on soit, poussé par le désir d'etre plus grand, on agit de façon traditionnelle et pleine d'art. Mais c'est là cause de tomber du plus haut au plus bas.
Demeurer sans tensions ni relachements est mon conseil du coeur.

Assumant une contenance artificielle, on rend hommage de belle façon aux donateurs qui subviennent à nos besoins. Mais feindre en raison d'autrui est cause de se lier à soi-meme.
Agir suivant le gout uniforme est mon conseil du coeur;

Il existe d'innombrables écrits traitant de divanation, d'astrologie, de médecine etc... Bien que tous aient pour sujet les méthodes fondées sur les liens d'interdépendance, qui conduisent à l'omniscience, se prendre d'un grand gout pour toutes choses variées brisera la contemplation;
Réduire au minimum l'étude de ces sciences est mon conseil du coeur.

Au temps ou l'on reste au dedans, arrangeant son intérieur, on peut de la sorte se ménager tous les conforts au sein des solitudes; mais c'est ainsi que l'on effrite sa vie entière pour des besoins mineurs.
Ajourner tous ces travaux est mon conseil du coeur.

Erudit, vertueux, on peut également avoir fait quelques efforts vers l'accomplissement, et ainsi nos qualités personnelles atteignent à leur apogées; Mais les attachements associés à cela sont la cause de se ligoter soi-meme.
Savoir etre libre sans égocentrisme est mon conseil du coeur.

Faire tomber la foudre, la grele, exercer la magie, tout en s'en protégent soi-meme, on peut penser que c'est là soumettre ce qui doit etre soumis. Mais bruler de la sorte l'etre d'autrui, c'est marcher soi-meme vers les destinées inferieures.
Rester humble est mon conseil du coeur.

Il se peut que l'on ait abondance de tous les textes désirables, conseils oraux, notes, etc... Mais si on ne les mets pas en pratique, au temps de la mort ils ne seront d'aucune aide.
Etudier son propre esprit est mon conseil du coeur.

Au temps ou l'on se consacre entierement à la pratique, on peut avoir des expériences, en discuter avec autrui, écrire des stances spirituelles et entonner des chants de réalisation. Bien que ce soit là des manifestations naturelles de la pratique, elles ne font qu'accroitre les pensées errantes.
Se tenir à l'écart du mental est mon conseil du coeur.

Quelles que soient les pensées qui surviennent, il est important de les fixer du regard.
Lorsqu'on arrive ainsi à une claire compréhension de l'esprit, il est important d'y demeurer.
Bien qu'il n'y ait rien à méditer, il est important de méditer de la sorte.
Etre toujours attentif est mon conseil du coeur.

Au sein de la vacuité, agissant en harmonie avec la loi de cause à effet, ayant saisi ce qu'est le non-agir, gardant les trois voeux (3), avec une compassion absolue (4), puissions-nous nous employer au bien de etres.
Unir les deux accumulations est on conseil du coeur.

Ayant suivi de nombreux gurus savant et accomplis, ayant entendu de nombreuses et profondes instructions, ayant un peu étudié quelques sutra et tantras, ainsi sachant, si on ne met rien de tout cela en pratique ,
Hélas ! on ne fait que se tromper soi-meme.

C'est ainsi qu'à ma propre intention et à celle de ceux qui me ressemblent, j'ai exprimé ces trentes conseils du coeur.
Par le quelque peu de mérite qui pourrait survenir d'un tel esprit de renonciation, que tous les etres soient guidés au sein des étendues sauvages de l'existence et établis en la grande félicité. Marchant sur les traces des Bouddhas et des Bodhisattvas des trois temps, et de tous les grands saints, puissions nous devenir leur fils supremes.

Ainsi, poussé par un brin de renonciation, Tsultrim Lodro (5) conçut-il ces trentes conseils venus du coeur.

lotus

(1) Gloire et obscurité, plaisir et peine, gain et perte, louange et blame.
(2) De mérite et de gnose.
(3) Du Hinayana, Mayana, Vajrayana.
(4) "Mis-med Snying-rje" compassion sans représentaton, sans référence à un sujet.
(5) L'un des noms de Longchenpa.

D'après une publication de :
Ogyan Kunsang Choekhorling
54 Gandhi Road, Darjeeling, India.