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Pourquoi recherchons-nous une voie  spirituelle.

Gyétrul Jigmé Norbu Rinpoché

    C' est la première fois que je viens dans la région et dans ce centre ou je suis très heureux de vous rencontrer.
    Avant toute chose, il est très important de nous interroger sur ce problème :
    Pourquoi recherchons nous une vie spirituelle ?
    Or,  nous ne sommes pas sur de ce que nous voulons, notre esprit est confus.
    Cherchons-nous une sagesse ou LA SAGESSE ?
    Cherchons-nous un état mental de mieux-etre ou de bien-etre, une paix intérieure ?
    Souhaitons-nous devenir une personne meilleure ?
    Toutes ces attentes reviennent à se bercer d'illusions.

    Le bouddhisme ne nous propose pas de devenir une personne meilleure, et ne nous donne pas le moyen de developper des états mentaux sophistiqués.
    Le but du bouddhisme est de nous permettre de modifier notre vision du monde et de retrouver notre véritable nature. Cette perspective remet fondamentalement en cause notre approche de la vie spirituelle.
    Habituellement, notre engagement spirituel est lié à l'espoir de trouver une solution à nos problèmes.
    Ainsi, au moment d'approcher un maitre nous avons déjà élaboré tout une idée de ce qui nous attend, plus exactement de ce que nous attendons. Et nous attendons la réponse correspondant à notre idée préconçue du maitre et de la voie.
    Notre attachement à cette idée préconçue entraine immédiatrmrnt un sentiment de manque : ce qui nous arrive sur le chemin ne correspond pas à ce que nous attendions!...
    Le cheminement spirituel devient alors une façon de vagabonder et de se perdre. Tot ou tard l'aspirant bute sur un obstacle et se dit "Etait-ce bien cela que je cherchais ?" "Est-ce bien ce maitre que je dois approcher ?".
    Et nous nous posons beaucoup de questions sans nous rendre compte que notre insatisfaction n'existe qu'en rapport de notre attente. Notre trouble intérieur est engendré par nos idées préconçues et la spiritualité n'a pas pour vocation de résoudre ce type de problème.
    Ainsi, tot ou tard, nous éprouvons une difficulté à communiquer et l'espace nous semble fermé.
    Nous avons alors l'impression d'avoir un blocage à depasser pour trouver l'ouverture, la compréhension, la communication.
    Si seulement nous abandonnions toute idée préconçue, notre approche de la voie ne serait pas faussée mais simple et droite. Il serait donc préférable de ne pas nous cacher nous-meme mais de nous montrer tel que nous sommes. Les relations au maitre ne seraient pas alors bloquées par notre désir de gagner son coeur ou prouver que nous sommes de bons disciples.

    Le disciple aspire à une relation confortable, à un état rassurant. Il attend du maitre la confirmation que tout va bien et il déploie ses efforts pour maintenir une relation très convenable qui corresponde à l'idée qu'il s'en est faite.
    Il n'est pas étonnant alors que sa tentative de maintenir cette relation échoue tot ou tard puisqu'il est trop attaché à une représentation de la réalité telle qu'il la voudrait pour pouvoir véritablement s'engager dans la relation telle qu'elle est.
    Nous ne nous montrons pas tels que nous sommes. Par exemple, dans une église ou un monastère l'approche habituelle devant une statue consiste à offrir des fleurs, de l'encens, une bougie, à exécuter un certain nombre de gestes d'hommage et de vénération..
    Nous pouvons aller jusqu'à embrasser les pieds de la statue cent mille fois mais nous n'allons pas plus loin car nous ne communiquons pas tellement avec elle.
    Tant que notre engagement s'arrete là, tant que notre communication ne va pas plus loin, nous continuons à lutter pour trouver une réponse à nos problèmes. Et il est regrettable de suivre le chemin avec cet esprit de lutte car une lutte en entraine une autre.
    Le disciple lutte sans en etre necessairement conscient ; si seulement il s'ouvrait il deviendrait plus simple et plus logique.
    Si nous avons un mal de tete et que nous disons au medecin que nous avons mal à l'estomac, la prescription n'est pas efficace.
    Ce qui compte, c'est la mesure dans laquelle nous nous ouvrons. Il ne s'agit pas de dire :
    "que pourrions-nous faire ?" ou "quel résultat avons-nous obtenu jusque-là ?".
    Le maitre s'ouvre, en fonction de notre propre ouverture et selon l'étendue de cette ouverture une communication réciproque peut avoir lieu. La relation entre Maitre et disciple devient alors authentique.
    La relation entre maitre et disciple n'a rien à voir avec celle d'individu qui se considère comme malheureux et qui se jette aux pieds d'un maitre impressionnant, apte à lui donner la clef de tous ses problèmes. Il s'agit de s'ouvrir à une voie spirituelle et en meme temps de s'ouvrir à la vie.
    Sans cette ouverture, il n'y a pas de terrain favorable à une relation vraie.
    Par contre, lorsque cette ouverture, qui est de nature simple, se produit, alors la communication avec le maitre est saine et fondée à la vertu;  et il n'est plus question de relation mystérieuse ou de communication magique.
    Tant que nous attendons que le maitre nous sourie, nous rassure, réponde à nos problèmes, tant que nous restons prisonniers de ce type d'espoir ou de calcul, nous ne sommes pas dans un état d'ouverture réel.
    Tant que nous recherchons des situations convenables, rassurantes, nous ne sommes pas pret à accepter que le maitre nous choque et mette le doigt sur la vérité.
    Nous nous accrochons à l'image rassurante du maitre qui boit du thé et qui, ensuite, va se promener et nous voulons qu'il réagisse envers nous sans soulever de problème. Or, un maitre authentique peut nous offrir une bière au lieu d'un thé, ou son propre siège...
    Dans ce cas, notre attente n'est pas satisfaite et nous pouvons nous sentir mal à l'aise comme si le sol allait se dérober sous nos pieds.
    L'approche juste de la situation telle qu'elle est ne peut avoir lieu, rappelons-le, que sur une base d'ouverture.
    Tout les instants de notre vie sont inclus dans notre démarche spirituelle ; nous ne pouvons donc pas exclure du chemin la souffrance ou le malheur ; ce sont des enseignements.
    En faisant le constat de notre souffrance et de notre insatisfaction continuelles, le Bouddha Sakyamuni a touché du doigt la vérité à laquelle nous voulons sans cesse échapper.
    La souffrance et la douleur sont des thèmes bouddhiques par excellence qui reviennent fréquemment dans les enseignements. Nous pouvons nous demander pourquoi. Il est vrai que dans la plupart des religions il est question de bonheur, d'extase, de Lumière, d'état celeste... En ce qui nous concerne, il est préférable de nous préoccuper de l'enfer. Non seuleument le ciel ne peut-etre découvert sans toucher à l'enfer, mais le véritable enseignement se trouve dans les difficultés de chaque jour.
    Que la vie soit agréable ou désagréable c'est la vraie spiritualité qu'il convient de chercher.
    Mais c'est justement ce que nous ne faisons pas; tout au contraire nous voulons échapper à nos problèmes en croyant que cela nous mènera au ciel.
    Et la tentation de fuir notre situation existentielle entraine bien souvent le désir de changer notre statut social. Mieux vaudrait commencer par reconnaitre nos propre difficultés plutot que de vouloir nous en débarasser, par exemple, en nous rasant le crane.
    Certaines personnes veulent ainsi fuir une société qui ne leur plait pas en portant des vetements appartenant à une autre culture, et  en s'exilant dans l'Himalaya. Croire que notre destin est ailleurs, très loin; c'est très romantique, et cela peut nous pousser à l'ouverture. Nous pouvons aller jusqu'à croire que nous sommes des pionniers et partir méditer pour une dizaine d'années ( au moins ! ). Mais au bout de dix ans, que se passera-t-il ?
    Malgré tous nos efforts déployés dans un superbe cadre himalayen, les difficultés émotionnelles qui nous décourageaient resurgiront et la deception nous poussera à rentrer chez soi.
    Les amis et les voisins s'interrogeront sur les changements intervenus en nous et pourront constater que nous avons les cheveux longs et sale ! ( car il n'y a pas de shampoing dans l'Himalaya, n'est-ce pas ? ). De notre coté, nous auront l'impression que tout a changé autour de nous, le président ne sera plus le meme ...
    Cet exemple permet de comprendre qu'un changement sur le plan physique exterieur ne porte pas de fruit sur le plan spirituel? Si nous tentons une nouvelle démarche, en nous habillant comme le Bouddha Sakyamuni ( et en portant le Bouddha lui-meme dans un monastère ) nous ne ferons que manipuler les choses sur un plan physique exterieur un fois de plus.
    La véritable sagesse se trouve dans notre vie quotidienne en dirigant nos peine et nos souffrances sur le chemin et non pas en cherchant à nous en débarasser.
    En dehors de cette ouverture à la vie et à ses difficultés, il n'y a pas d'enseignement bouddhiste à proprement parler.
    Il s'git donc d'utiliser les situations quotidiennes comme terrain de base de notre travail. Et tant que nous ne serons pas convaicus que notre vie de chaque jour est le terrain précieux du cheminement spirituel, nous vivrons un sentiment d'echec.
    La question n'est donc pas de savoir dans quelle mesure nous avons compris le chemin, mais dans quelle mesure nous nous sommes engagés.
    Lorsque nous sommes [ (?) tant que nous ne sommes pas ( note du copiste ) ] parvenus à nous ouvrir aux situations quotidiennes, il n'est plus necessaire de tenter une nouvelle ouverture auprès d'un maitre; ce serait une source d'auto-déception. C'est seulement lorsqu'il y a une véritable ouverture entre maitre et disciple et que la rencontre de deux coeurs peut avoir lieu.
    Certains parmi vous ont peut-etre déjà entendu ce type de conseil ; d'autres se disent sans doute qu'ils sont prisonniers du type de piège que nous avons décrit tout à l'heure ; et d'autres encore s'attendent à recevoir un enseignement très profond aujourd'hui. Mais dans tous les cas l'important c'est d'aborder le chemin avec simplicité et honneteté; de cette façon il est efficace et sans danger.
    Tant que nous voulons devenir quelqu'un ou jouer un role, nous dépensons beaucoup d'énergie et, à la longue, nous sommes épuisés et deçus. C'est pourtant à ce moment-là que nous pouvons comprendre quelque chose d'essentiel :
    " Malgré la récitation de centaines de mantras j'en suis toujours au meme point ; il est donc temps que j'assume mas propres problèmes sans chercher à leur échapper ! "
    Si nous sommes déçus c'est donc parce que nous approchons le chemin avec un état d'esprit qui fige ou qui solidifie certaines attitudes exterieures ou conventionnelles de la foi. Certaines personnes vont meme jusqu'à penser qu'au moment ou elles pratiquent une divinité , les autres sont exclues !...
   Personne ne peut résoudre les difficultés de notre vie à notre place et tant que nous ne serons pas impliqués dans la voie spirituelle nous serons dans l'erreur.
    Rechercher des situations convenables, rassurantes, nous conduit inévitablement au doute, à l'angoisse et à une déception croissante. Et pourtant, cette souffrance peut nous obliger à renoncer à notre attente, à nous ouvrir et à trouver la véritable approche.
    C'est en laissant tomber nos espoirs et nos craintes que nous pouvons rechercher le vrai chemin, et en devenant sincères et purs nous devenons capables de communiquer de façon authenthique. Un état d'esprit sincère est donc la condition indispensable pour approcher la voie spirituelle.

    Aujourd'hui, c'est un enseignement sur le "Bardo" qui était prévu. Avant meme d'aborder "le Bardo", c'est à dire l'état d'illusion, de confusion, il était nécessaire de rappeler quelle est l'attitude juste, celle qui n'entraine pas d'auto-deception.
    "Bar" signifie entre les deux, et "do" rester. Le bardo désigne donc un état intermédiaire, un état de suspension et de confusion, sans rapport avec une idée d'équilibre. Cet état intermédiaire est une mort qui se reproduit sans cesse. Non pas une mort clinique mais une mort répétée de nos tensions créatrices. A une phase de création succède un arret provisoire suivi à nouveau d'une naissance. Il ne s'agit pas d'une disparition complète, mais d'un passage à une vie nouvelle.
    Certaines personnes sont très attirées par les ouvrages qui traitent du bardo, espèrant impatiemment et passionnément avoir la révélation de ce qui va se passer après leur mort, la révélation de quelque chose d'extraordinaire !... Il suffit d'observer attentivement ce que nous vivons pour comprendre que le bardo n'est pas un état au-delà mais un état ici et maintenant.
    L'état intermédiaire n'existe pas seulement après la mort, nous l'expérimentons chaque jour un grand nombre de fois à travers une succession d'états confus : nous sommes constamment suspendus entre l'attente, l'espoir et la crainte : "qu'allons nous faire?", "que va-t-il se passer?".
    Il est fort possible que bon nombre de tibétains ou d'occidentaux considèrent le bardo comme un sujet interessant et qu'ils en aient une idée préconçue.
    Si nous nous accrochons à l'idée que le bardo est cet état intermédiaire que nous traversons après la mort, nous entretiendrons l'espoir qu'un lama se tienne auprès de notre cadavre pour nous lire "Le Livre des Morts Tibétains" ( ou plus exactement : "Le Livre tibétain de la mort" ). Or , l'état intermédiaire existe bien avant la mort clinique et il n'est pas besoin d'attendre nore dernier souffle pour en faire l'expérience. Si nous en restons à une vision simpliste du bardo, nous attendrons une fois de plus d'etre rassuré et aidés.
    Nous pouvons avoir une autre approche du bardo quotidien à travers l'expérience du sommeil.. Lorsque nous allons nous coucher, la plupart de nos fonctions phusiques s'arretent. Dans l'état de sommeil nous pouvons expérimenter des reves horribles, agréables ou paisibles ou meme nous pouvons pleurer et crier.
    Voici l'histoire d'une personne qui est en train de préparer un thé, ce qui demande environ 20 minutes au maximum. Aorès avoir prépare son thé, cette personne s'endort et, subitement, elle expérimente dans son reve un paysage de montagnes enneigées, merveilleuses et inconnues auparavant, dans lequel coulent des torrents. Cette personne se rend dans une auberge ou on lui offre une chambre. Notre personnage tombe amoureux de la fille de l'aubergiste. Au bout de plusieurs années, le couple voit grandir leurs enfants qui prennent le chemin de l'école, en traversant un pont au dessus d'un des torrents. Un jour que les conditions climatiques se gatent, la mère, angoissée à l'idée que ses enfants courent un danger, affronte le tonnerre, la grele et le torrent. Luttant contre le courant, elle parvient sur l'autre rive et s'apreçoit que le torrent déborde. Finalement, la mère est emportée par l'eau avec ses enfants. Le père, déséspéré, part à leur recherche et se met à pleurer, regrettant les années de bonheur passées, et il pleure si fort qu'un voisin vient le reveiller. Il prend alors conscience que son thé n'est pas encore froid !
    Durant ce reve, qui n'a duré peut-etre qu'un quart d'heure, le reveur a expérimenté une longue traversée de saisons et d'années. En se reveillant, le reveur se met à rire sans pouvoir s'arreter. Et pourtant le reveur a eu véritablement une expérience et elle n'était pas tributaire d'une manipulation physique.
    A partir de cet exemple, nous pouvons comprendre l'importance de la définiton de l'état originel de l'esprit comme espace et comme ouverture. Bien avant qu'apparaisse la conception d'un égo, cet état pur de l'esprit existe mais personne ne l'expérimente comme tel car, dans cette ouverture, et intimement liée à elle, une intelligence travaille.
    Espace, ouverture et intelligence sont inséparables et définissent l'unité fondamentale de l'intériorité et de l'extériorité de l'esprit. C'est parce que l'esprit est si ouvert et si intelligent qu'il a l'inspiration de danser avec l'espace.
    Ainsi la vastitude de l'esprit, sa dimension spatiale aussi bien interieure qu'extérieure, attise la danse ou la manifestation des phénomènes. lorsque le rythme de la danse dépasse la mesure, surgit le désir que l'espace s'engage dans la danse comme un partenaire. Et ce désir de posséder l'espace bientot le solidifie comme un partenaire que l'on veut retenir. Plus la danse s'amplifie, plus la conception d'un ego se précise et plus la saisie d'un "je" et d'un "autre" se fige. Et comme la danse se poursuit et va trop loin, brusquement le mouvement de l'énergie s'effondre. Il y a alors rupture, passage au noir.
    Lorsque le courant de la lumière est rétabli, juste après avoir été coupé, nous expérimentons la difficulté d'apprécier à nouveau la lumière et nous la rejetons. Cela signifie que nous figeons l'espace, que nous en avons fait une conception, et que de cette conception découle la sensation d'extériorité de l'espace.
    Notre difficulté à communiquer de façon authentique relève d'un processus similaire de solidification de l'égo. Dès l'instant ou réapparait la conception "moi" et les "autres", nous sommes à nouveau abusés par un moule conceptuel et une forme à priori de perception des relations à autrui et de tout phénomène.
    Nous comprenons mieux maaintenant pourquoi la philosophie bouddhique accorde tant d'importance à l'état intermédiaire. Il est l'aboutissement inévitable de tout un processus de conditionnement de nos perceptions et de nos sensations, et ce processus lui-meme n'est autre que l'enchainement interminable des 5 agrégats ( aggrégat ou skanda en sanscrit, signifie "accumulation" ou "amas".
    L'accumulation de la confusion fait croire à l'existence d'un égo, et du fait de cette conception erronée, l'individu se trouve bloqué dans la saisie dualiste de l'espace.
    Il est important de bien comprendre que cet ego n'a pas d'existence propre, qu'il est "acquis", construit de toute pièce, à travers l'enchainement des 5 agrégats, et qu'une impression de blocus s'ensuit immanquablement. Le processus de construction de l'ego correspond à une naissance qui engendre à son tour un appétit de sensations. Ensuite, par le jeu de la forme et de la sensation, la solidification de toute chose ne peut que s'intensifier. Sur la base  du premier skanda - celui de la forme - et du deuxième skanda - celui de la sensation - s'élève le désir d'entrer en relation avec les choses. Il y a alors une impulsion vers les choses et en meme temps élaboration conceptuelle des choses pour se rassurer.
    C'est ce qui se passe lorsque nous percevons une forme dans un champ : la tentation immédiate de lui donner un nom est une façon de capturer cette forme, d'en faire un objet, de la solidifier. Le premier instant de la vision reste pur car il n'y a pas encore d'appropriation nominale ou conceptuelle. Après le stade de la définition de l'objet succède le stade de l'appréciation de la valeur de cet objet.
    Ainsi, l'enchainement d'un désir à un autre se poursuit; l'objet jugé agréable suscite une attitude possessive et l'objet jugé désagréable suscite la peur et la répulsion. Si la chose est jugée et ressentie comme impressionnante, l'individu ne pouvant ni la rejeter ni la posséder se sent impuissant; il veut alors l'attaquer ou l'éliminer et il éprouve la colère et la haine. De tels jugements et de telles réactions relèvent du troisième skanda - celui de la perception.
    Le quatrième skanda - celui de la volition - correspond à une phase d'analyse et de construction plus élaborée, plus intelligente de l'objet.
    Dans la phase du cinquième skanda - celui de la conscience - l'individu, dans la plénitude de l'égo, se perçoit dans l'attitude d'observation des choses extérieures et son objet de perception peut devenir la relation sujet-objet elle-meme.
    C'est ainsi que l'égo se construit à travers le jeu des 5 skandas et engendre sans cesse des renaissances dans les 6 états d'existence.
    N'échappant pas à l'affirmation de l'égo et à la saisie dualiste, nous sommes donc constamment plongés dans la confusion du bardo.
    Nous n'irons pas plus loin aujourd'hui.

Question
" comment stopper le processus ? "

Réponse
" C'est une bonne question, mais nous ne devons pas nous sentir perdus ou piégés. Revenons sur le thème bouddhique de notre richesse fondamentale. Nous n'avons pas besoin de devenir riches : nos souffrances sont les matériaux de base de notre travail et notre insatisfaction est le moyen meme de notre libération.
    L'issue découle de la souffrance; c'est pourquoi il est inutile de proclamer notre cheminement spirituel; au lieu de se dire : "Je vais m'engager sur le chemin spirituel", il serait préférable de nous accepter tels que nous sommes.
    A partir de nos souffrances, nous pouvons travailler avec l'ouverture et la non-dualité.
    L'enseignement de cet après-midi n'a pas été très agréable mais il convient que nous l'acceptions comme tel.

lotus

Traduction : Wangpo Bashi
Transcription dactylographiée : Karma Tun Drup
Transcription : Françoise Bruxeille
Centre Droukpa Kagyu de Menton
2347 route de l'armée des Alpes - Quartier Maura
06500 Menton