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la responsabilité partagée des maîtres et des disciples

Sa Sainteté le XIIème Drukchen Rinpoché
Paris, Le 21 Juin 1994

Sa Sainteté le Gyalwang Drukchen, est le hierarque de la lignée Drukpa Kargyu. Il répond ici au questions de Thierry Truillet de la Revue 'Sangha'.

Je me suis permis de mettre en caractères gras ce qui, à la fin du texte, a plus particulièrement trait aux dérives de l'enseignement, mais cette emphase n'est due qu'au copiste, dans le but d'épargner de la lecture aux personnes qui ne sont pas interessées par le bouddhisme.

lotus

quel est votre sentîment sur le developpement du bouddhisme en Occident

Je suis très optimiste. Les pratiquants ont une forte motivation pour étudier, méditer et faire l'expérience du bouddhisme. Mais en même temps, j'observe que leur motivation n'est pas authentique.

Quest-ce à dire ?

C'est le message essentiel du bouddhisme qui est oublié. Ce message essentiel est que, quoi que vous fassiez, vous le fassiez pour tous les êtres. La mentalité des Occidentaux les amène à ne penser qu'à eux-même pour se liberer, pour obtenir la réalisation, parce qu'ils tendent à chercher quelque chose d'autre, comme la paix interieure ce qui est bon, bien sûr, mais ils ne le conçoivent que pour eux-même. Chacun veux être le premier, ce à quoi la société les conditionne : à l'école, à l'université, etc. Jusqu'aux examens, ils sont conditionnés à être les premiers, les meilleurs, les plus rapides et à être "super" ! Par conséquent, lorsqu'ils étudient le bouddhisme, ils pensent aussi comme cela : je dois être le premier, je dois me liberer moi-même. Moi,moi, moi, je, je, je, mon, mon, mon, ego, ego, ego. C'est le but qu'ils poursuivent. C'est la seule chose qui les tient éloignés du chemin de la vérité. Ils étudient avec ardeur, comparativement aux Asiatiques, comme les Indiens ou les Tibétains. Eux ne pratiquent pas réellement. En Occident, les gens pratiquent réellement mais n'arrivent pas au stade où ils devraient en raison de leur absence de motivation authentique.

Pensez-vous qu'il s'agisse d'un défaut de la mentalité occidentale où d'un défaut de la part des enseignants ?

Des deux ! Parce que les pratiquants suivent l'exemple des enseignants eux-mêmes. L'enseignement doit les encourager, les uns et les autres, mais ils doivent aussi comprendre. Maintenant que j'ai visité de nombreux pays en Occident, j'ai acquis la certitude qu'il est un peu difficile d'encourager les Occidentaux de cette manière parce qu'ils ne comprennent pas pourquoi ils doivent être concernés par les autres êtres. Habituellement, ils disent : pourquoi dois-je me soucier des autres ? Ils n'ont qu'à se débrouiller eux-mêmes, s'ils le peuvent, mais pourquoi devrais-je le faire pour eux s'ils n'y parviennent pas ? Ou encore : "Je dépense mon énergie, mon argent, mon temps, etc., pour elle ou pour lui... Pourquoi devrais-je le faire ? Non, non, je dois me developper, me libérer, agir pour moi d'abord. Si je le fais pour un autre, qui se souciera de moi ?" Cette fausse perspective est toujours présente et nous devons y réfléchir, car c'est un sujet très important pour le bouddhisme

Comment définissez-vous un bouddhiste, un pratiquant, un enseignant bouddhiste ? Je pressent qu'il y en a différents types en Occident où le sangha n'est pas encore bien assis.

Il est difficile de répondre clairement en accord avec les textes. Je préfère vous répondre selon ma propre compréhension, qui peut d'ailleurs être très fausse (rires). J'ai toujours pensé qu'un bouddhiste doit d'abord être une personne authentique selon deux critères. Le premier, c'est à cause de la compassion, la compassion impartiale, non sectaire. Le second, c'est la compréhension, au sens philosophique, de la vérité universelle qui est exactement "shunyata"(1) , shunyata non obstrué. Beaucoup de personnes croient avoir compris ce qu'est shunyata, que c'est facile. Mais c'est une philosophie très profonde. On doit donc en avoir une très profonde, authentique et entière compréhension. Ce sont les deux critères auxquels on doit répondre si l'on veut se dire bouddhiste. En ce qui concerne le deuxième critère, le bouddhiste est un pratiquant.

Comment voyez-vous le bouddhisme en Europe en l'an 2000 ?

Je ne sais pas ! Des améliorations devraient survenir, surtout un perfectionnement interieur très profond des pratiquants. Mais cela depend totalement de l'environnement et surtout des maîtres, des lamas residant en Occident, ceux qui sont venus du Bouthan, du Tibet, de l'Inde, ceux qui prétendent être réellement des maîtres. Aucune importance s'ils sont qualifiés où non, ils sont ici pour être lama. Ils ont à accomplir les actions justes, montrer le vrai chemin, dire les paroles justes, sans aucune altération. J'ai écouté des enregistrements de certains enseignements qui sont de simples lectures de livres. Ils ne tiennent pas vraiment compte de ce que les pratiquants occidentaux ont besoin. Imaginons, par exemple, que je suis un medecin, que vous êtes malade et que je ne tiens pas compte de votre maladie, ni de ses symptômes, mais que je vous donne simplement de bons médicaments très couteux. Quel que soit ce que vous avez, je vous dit de les consommer et de suivre mes prescriptions. Ce n'est pas suffisant, bien que je sois un médecin compétent et que je vous prescrive de bons médicaments. Ce n'est pas une bonne chose parce que je ne tiens pas compte de ce dont vous avez besoin. Je fais mon travail, mais incomplètement. Certains maîtres agissent ainsi. De plus, certains maîtres dont j'ai entendu les enregistrements ou dont j'ai lu les livres font encore pire : ils donnent de mauvais conseils et enseignent avec une volonté de manipulation afin de s'assurer une réputation ... lucrative. Ils programment de grandes initiations, proposent des activités alléchantes et font beaucoup de publicité afin d'obtenir de l'argent, d'être célèbres, d'acquerir du pouvoir. Tout cela est très superficiel et très négatif. Les meilleurs sont ceux qui donnent de bons médicaments. Si vous êtes un bon étudiant, un bon patient, vous devez vérifier, avec les indications des médicaments, ceux dont vous avez réellement besoin. Les pires sont ceux qui cherchent à manipuler, ils vous détruisent et vous privent de toute votre énergie simplement par amour propre. Les Européens ont vraiment besoin de maîtres authentiques. Bien sûr, il y en a beaucoup. Malheureusement, des Occidentaux, mais aussi des Orientaux, je ne sais pas pourquoi, se sont engagés dans une mauvaise direction. Montrer un mauvais chemin incite beaucoup de gens à s'y engager. C'est un comportement que je ne comprends pas et c'est vraiment dommage. Peut-être est-ce le signe de notre époque sombre. On peut le vérifier aux USA. Montrer le chemin authentique n'attire personne mais se mettre en valeur ou exagerer un peu, essayer de manipuler, font se précipiter les foules.

les pratiquants ont donc aussi une responsabilité ?

La responsabilité est de 50/50.

lotus

Propos recueillis par Thierry Truillet.
Extrait de "Sangha Journal" numero de Septembre-Octobre 1994

Notes :

Shunyata : Terme sanskrit qui designe le concept de "vacuité" selon lequel il est enseigné que toute choses sont vides d'existence propre comme les phénomènes qui apparaissent en rêve. Ce qui revient à dire que, sans pour autant nier la manifestation, celle-ci n'est pas dotée des qualifications que notre propre esprit voilé est enclin à lui attribuer.

lotus

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